Laure Manaudou a arraché son premier titre mondial après avoir frôlé l’élimination le matin même en série. Son entraîneur Philippe Lucas avait reconnu qu’entrer dans la compétition par une série du 400 m, dès le premier jour des épreuves de natation, constituait une épreuve très délicate à négocier.
Partie comme à son habitude à un rythme plus rapide que le record du monde, la Française a rapidement laissé la dernière série du 400 m, dimanche matin, lui échapper. Deuxième de sa course, en 4:11.46, elle héritait du huitième temps, le dernier qualificatif pour la finale.
"J’ai eu mal aux jambes", après 200 m de course, avouait-elle à sa sortie du bassin, avant d’assurer avoir "paniqué" en voyant ses rivales la distancer. La jeune fille s’est isolée pendant toute l’après-midi avec son entraîneur et son ami, Pierre-Henri, venu l’encourager au Canada.
Les huit longueurs de bassin de la finale n’ont pourtant laissé aucune place au doute. En tête au premier virage, la Française a toujours mené l’allure, pointant même à la mi-course avec plus de 8 dixièmes de seconde d’avance sur le record du monde. Elle termine en 4:06.44, le troisième temps de sa carrière, devançant la Japonaise Ai Shibata de 30 centièmes, et la Britannique Caitlin McClatchey de 81 centièmes.
A 18 ans, Laure Manaudou a déjà accompli une performance unique dans la natation française, s’offrant les titres européen, olympique et mondial du 400 m en tout juste 12 mois.
Elle rejoint Roxana Maracineanu qui était jusqu’alors la seule Française championne du monde après sa victoire sur 200 mètres dos en 1998. "Mais ma carrière n’est pas terminée, j’ai encore beaucoup de choses à accomplir, à condition de m’entraîner mieux que cette saison", promet-elle.
Philippe Lucas, visiblement impressionné par les ressources démontrées par sa nageuse, veut saluer ses qualités morales. "Elle était fatiguée nerveusement, après le battage médiatique dont elle fait l’objet, dit-il. Mais elle a su réagir. C’est une grande championne".
Triple médaillée aux Jeux d’Athènes, la jeune fille enchaîne dès lundi matin avec les séries du 1500 m mais a préféré renconcer au 100 m dos, programmé le même jour.